Extraits
de l'Avis sur la fluoration des eaux de consommation au Québec
Vous trouverez ici deux extraits de l'édition électronique
de l'Avis sur la fluoration de l'eau potable au Québec, soit la lettre envoyée
au Ministre de l'environnement, placée au tout début de ce rapport, ainsi que
des commentaires, recommandations et conclusions. Ce document fut rédigé en
1987 par le Conseil consultatif de l'environnement.
Une version numérisée (72 ko) de ce document a été préparée par
Action Fluor
Québec. Pour télécharger (19 pages) : Cliquez ici.
AVIS SUR LA FLUORURATION
DES EAUX DE CONSOMMATION
AU QUÉBEC
Présenté
par le
Conseil consultatif de l'environnement
au
Ministre de l'Environnement du Québec
Gouvernement du Québec
Octobre 1987
3900, rue Marly, 6e étage
Ste-Foy (Québec)
G1X 4E4
0bjet : Fluoruration de l'eau destinée à la consommation humaine
Monsieur le Ministre,
Dans une lettre en date du 9 septembre dernier accompagnée du procès-verbal de la 117e réunion du Conseil,
je vous annonçais que je serais en mesure dans les prochaines semaines
de vous adresser un avis du Conseil sur le sujet précité. C'est maintenant chose faite.
Dans le présent avis, le Conseil se garde bien de trancher dans un débat juridico-politico-médical qui a f a i t
couler beaucoup d'encre aussi bien au niveau provincial qu'à l'échelle mondiale. Néanmoins, comme le souligne l'avis, il désire
attirer votre attention sur les principes qui devraient guider l'intervention de votre ministère au niveau du contrôle des eaux
de consommation et de la protection des milieux aquatiques récepteurs.
En cette matière, le Conseil joint sa voix à la majorité de ceux qui croient que nous devons commencer sans
tarder à mettre davantage l'accent sur l'aspect préventif.
En conséquence, le Conseil se dit d'opinion qu'il y a lieu de remettre en question l'attitude qui prône
l'ajout d'un élément chimique à l'écosystème jusqu'au moment où
les scientifiques établiront la preuve que ledit élément comporte
un effet nocif pour le milieu.
En espérant que cet avis vous aidera à doter le Québec d'une meilleure qualité de l'environnement, je vous
prie, au nom de mes collègues du Conseil et au mien, d'accepter l'expression de nos meilleurs sentiments.
Le Président,
Marcel Junius
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Assurément, il n'est pas qu'au gouvernement du Québec où des tensions
se font sentir. La nouvelle la plus notoire de ces dernières années provient de la position de
l'Association québécoise des techniques de l'eau (AQTE) qui, en 1986, nuance
fortement sa position par rapport à celles de 1973 et 1979, alors qu'elle était
franchement en faveur de la fluoruration de l'eau. Fait à souligner,
la dernière déclaration de l'AQTE s'inscrit sensiblement dans le même sens que l'avis du
Conseil consultatif de 1975, en particulier par les propos suivants:
"Après avoir effectué une analyse de publications et de documents-
synthèses récents, l'Association québécoise des techni-ques de l'eau (AQTE) constate que
l'addition de fluorure à l'eau potable est une mesure qui demeure controversée, et ce,
aussi bien dans les milieux scientifiques que dans la population en général. Au sein de la communauté scientifique, on
s'accorde pour dire que des recherches plus exhaustives sont nécessaires, afin d'évaluer l'impact réel des fluorures sur
l'environnement et la santé. Au Québec, des pressions, tantôt pour, tantôt contre la fluoruration, sont exercées sur
les municipalités, ce qui rend difficiles les débats équilibrés et approfondis. À ce stade-ci, pour faire progresser le
dossier dans son ensemble, il nous apparaît essentiel que les autorités gouvernementales fournissent au public une information
récente, complète et de qualité". (AQTE, 1986)
L'histoire passée de ce dossier porte le Conseil à croire que la polarisation
excessive des intervenants rend mal à l'aise les décideurs et la population, empêche le dialogue constructif à partir de
faits acceptés de part et d'autre, et qu'en définitive cette situation
conflictuelle ne permet pas au dossier d'évoluer normalement et d'une façon sécuritaire autant pour la santé que pour l'environnement
.
3.
PRINCIPES A RESPECTER
Dans le but de jouer pleinement son rôle dans un dossier où l'élément
en cause a des implications environnementales, le Conseil consultatif
a d'abord envisagé la possibilité d'entreprendre à nouveau un exercice scientifique à la manière de son premier avis réalisé
en 1975. Après mûres réflexions, il en est venu à la conclusion que cette façon de procéder ne lui semblait guère valable étant
donné, d'une part, l'acuité de l'ensemble des observations tenues dans son avis de 1975 et, d'autre part, du peu d'ajouts techniques
que cela procurerait à un dossier déjà fort volumineux. Selon lui,
il paraît plus judicieux de faire porter son avis cette fois sur les principes environnementaux qui devraient prévaloir dans une telle
problématique.
À la lumière de l'information dont il dispose, le Conseil réalise
que les Services de protection de l'environnement ont déjà produit
un document interne en 1978 dans lequel ils faisaient état des principes qui devaient guider leur intervention au niveau du contrôle
des eaux de consommation et de la protection des milieux aquatiques récepteurs. Après en avoir étudié la teneur, le Conseil
désire entériner cette réflexion et estime essentiel de la porter à
l'attention du ministre de l'Environnement. Celle-ci tient en quatre points, à savoir:
"Compte tenu de la responsabilité que nous avons d'assurer aux citoyens une eau potable et des difficultés à y parvenir
dans le cadre des techniques et connaissances actuelles, il est inadmissible d'introduire quelque substance que ce soit
dans les eaux d'alimentation si elle ne contribue pas à l'amélioration de la potabilité de ces eaux".
"Actuellement, nous connaissons mal les sources de fluorures dans le milieu aquatique et les effets de ceux-ci dans ce milieu.
Vouloir à cette étape en introduire une nouvelle source par la fluoruration obligatoire des eaux de consommation,
nous apparaît un risque inutile compte tenu des autres possibilités
de pourvoir aux besoins en fluorures chez la population et cela d'une façon plus spécifique prenant
en considération les besoins réels et régionaux".
"Comme il existe tellement de facteurs de perturbation du milieu
aquatique, les effets exacts des fluorures sont habituellement masqués et ignorés lors des études sur le milieu
aquatique. Cela explique en grande partie le peu d'information sur leurs conséquences autant du côté animal que végétal".
"Bien que ces valeurs (1,0 à 2,0 ppm) de fluorures ne provoquent pas nécessairement des toxicités létales, il n'en demeure
pas moins qu'elles ont des effets sublétaux parfois considérables (sur la vie aquatique): ralentissement de la
croissance, susceptibilité plus grande aux maladies, réduction de la photosynthèse, altérations morphologiques et biochimiques,
restriction quant à l'habileté des organismes à maintenir leur position écologique dans les écosystèmes naturels.
Ce sont de tels effets qu'il faut prévenir. La responsabilité de la protection de l'environnement nous oblige à
considérer les apports ponctuels de fluorures dans les milieux aquatiques et à prendre action pour les éviter".
4. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L'eau est un aliment indispensable à l'homme et à la plupart des organismes vivants. Toute détérioration liée à une contamination
et/ou une pollution entraîne généralement une certaine baisse de la
qualité de la vie aquatique pour l'ensemble des organismes qui en dépendent. C'est dans le but de diminuer ces intrants et de tenter
d'améliorer le cycle vital de l'eau au Québec que le Gouvernement et le ministère de l'Environnement ont mis sur pied un vaste programme
d'assainissement des eaux (municipales, industrielles, agricoles).
En général, l'efficacité de ces traitements, à caractère
curatif, s'avère bien inférieur à cent pour cent. Aussi, le Conseil
joint sa voix à la majorité de ceux qui croient que nous devons commencer sans plus tarder à mettre davantage l'accent sur
l'aspect préventif. Dans cet ordre d'idée, il convient de remettre
en question l'attitude qui prône l'ajout d'un élément chimique quel
qu'il soit à l'écosystème jusqu'au moment où les scientifiques établiront
la preuve que ledit élément comporte un effet nocif pour le milieu. En effet, compte tenu du très grand nombre de produits
chimiques mis sur le marché et déversés quotidiennement vers nos cours d'eau, on considère dans plusieurs sphères scientifiques
qu'il est pratiquement devenu impossible d'établir la preuve de la nocivité de l'une ou l'autre de ces substances surtout lorsqu'elles
sont présentes en petites quantités. En conséquence, le Conseil est
d'avis que le programme de la fluoruration des eaux de consommation,
de par son universalité, va à l'encontre de cet objectif de prévention pour l'environnement lorsque considéré dans son ensemble;
il recommande donc au ministre de l'Environnement de proposer à sa collègue du ministère de la Santé et des Services sociaux de
privilégier les méthodes d'application du fluor qui ont une portée
spécifique et restreinte à l'individu visé et qui ne portent pas atteinte à son
environnement.
De plus, dans un domaine tel que celui de l'eau où tout est si interrelié,
il importe de toujours conserver une vue d'ensemble et de l'expliciter à la population. Aussi,
le Conseil recommande que le ministre de l'Environnement participe aux discussions qui ont cours
présentement au Québec concernant la fluoruration ou non des eaux de consommation en vue d'expliciter son mandat ayant trait d'une
part à l'assainissement des eaux et, d'autre part, au traitement requis des eaux de consommation ou en définitive, à la qualité de
la vie environnementale des québécois.