Pour
lutter contre la carie dentaire, Québec devrait obliger les
municipalités à ajouter du fluor à l'eau potable, tranche le
Comité d'éthique de santé publique (CESP). Cette mesure, en
recul, semble bien impopulaire auprès des villes.
Le CESP penche donc en faveur du projet soumis par le directeur
national de la santé publique Alain Poirier visant à modifier
le Réglement sur la qualité de l'eau potable. Relevant du
ministère du Développement durable, de l'Environnement et des
Parcs, ce règlement pourrait être modifié afin d'obliger les
municipalités de 5000 habitants et plus à s'assurer que leur
eau contient au moins 0,7 mg/L de fluor.
Le CESP propose d'imposer la fluoration aux dix plus grandes
villes du Québec d'abord, afin de rejoindre 47 % de la
population, puis d'étendre la réglementation en deux étapes
aux villes de 50 000 habitants et plus, suivies par celles de
plus de 5000 habitants. Ainsi, 75 % des Québécois auraient accès
à une eau fluorée.
Dans le Plan d'action de santé publique 2005-2012, la cible de
Québec était que 50 % de la population ait accès à de l'eau
potable avec une concentration optimale en fluorure pour 2012.
Mais elle semble bien irréaliste alors que la fluoration est en
net recul. Alors que 12 % de la population buvait de l'eau fluorée
en 1993, en 2010, seulement 3 % des Québécois y avaient accès.
En 2008-2009, le directeur de la Santé publique Alain Poirier a
effectué une tournée des municipalités pendant laquelle,
selon l'avis du comité d'éthique de l'INSPQ, «plusieurs
maires ont exprimé le souhait de ne pas avoir à porter
politiquement la décision de fluorer leur eau». «Il semble
que la pression des groupes organisés contre la fluoration soit
particulièrement efficace au niveau municipal», écrit encore
le comité.
D'ailleurs, la Ville de Montréal, qui ne fluore pas l'eau, dit
qu'il appartient à Québec de trancher la question et ne
souhaite pas commenter cet avis, a indiqué le porte-parole de
la ville Philippe Sabourin au Devoir. Advenant que Québec aille
de l'avant, la métropole serait une des premières municipalités
à devoir se soumettre à la nouvelle réglementation selon le
principe d'implantation graduelle proposé par le CESP.
La question de la fluoration de l'eau a soulevé de vifs débats
au Québec ces dernières années. Le CESP est bien conscient
que sa proposition ne fera pas l'unanimité. «On est conscients
que ça va soulever un débat», dit le président du CESP, André
Lacroix. Même si «la fluoration [...] se fera contre la volonté
d'une partie de [la population]», le comité conclut que «les
bénéfices sont plus importants que les potentiels effets négatifs
sur la santé et l'environnement», ce qui justifie un «accroc
à la liberté de choix».