Adaptation
française:
Action Fluor Québec
Lorsque
vient le temps de fluorer l'eau potable, l'Ontario et le Québec
pourraient difficilement être plus aux antipodes. Au Canada, l'Ontario
détient le taux le plus élevé de fluoration, une pratique qui
consiste à jouter à l'eau de consommation un produit chimique
qui renforce l'émail des dents. Au Québec le taux est au plus
bas; pratiquement personne n'y boit d'eau fluorée.
Ce qui
surprend, c'est que les deux provinces présentent une très petite
différence dans le taux de carie dentaire, une découverte qui va
probablement intensifier la controverse actuelle entourant la
fluoration de l'eau en tant que mesure de santé publique.
Le Québécois
ont plus de caries que les Ontariens, mais la différence est
minime. Chez les jeunes de 6 à 19 ans, considéré le groupe le
plus à risque de carie parmi la population, le taux ontarien
n'est inférieur que de moins d'une demie carie par enfant.
Dans le groupe
des 6 à 11 ans, les enfants ontariens ont 3.5 % moins de caries
que ceux du Québec: 1.7 caries comparativement à 1.76 au Québec.
Dans le groupe
des 12 à 19 ans, les enfants ontariens ont 15.8 % moins de caries
que ceux du Québec: 2.35 caries comparativement à 2.79 au
Québec.
Figure: Les avantages de la fluoration ne
sont pas clairs
Les données sur le taux de carie
dans les deux provinces ont été compilées par Statistiques Canada
lors d'une étude récente sur le portrait de santé des
Canadiens. Les experts ont examiné les bouches de plus de 5 000
Canadiens entre 2007 et 2009, établissant des concordances entre
le nombre de caries et de dents obturées, de manière à obtenir
une image de l'état de la santé orale de la nation.
Suite à une requête émanant du
Globe & Mail visant à obtenir la répartition du taux de carie
par province, Statistiques Canada a présenté les chiffres de l'
Ontario et du Québec sous forme de tableau, en indiquant que l'échantillonage
des gens est suffisamment grand pour être représentatif.
Statistiques Canada a expliqué
ne pas être en mesure de compiler des données probantes pour la
Colombie britannique et l'Alberta, qui se retrouvent dans une
situation similaire. En Colombie britannique pratiquement personne
ne boit d'eau fluorée, alors que près des trois quarts des
albertains s'abreuvent à des eaux municipales additionnées de
fluorure.
Le journal désirait obtenir ces
informations pour voir si l'on peut faire la lumière sur
l'efficacité de la fluoration, mesure qui a été vantée par le
Centre de contrôle des maladies des États-Unis (U.S. CDC) comme
l'une des 10 plus grandes réalisations en matière de santé
publique au 20ième siècle, et qui est appuyée par toutes les
associations dentaires du pays ainsi que par Santé Canada.
Cependant, les résultats
montrent que bien que le taux de fluoration soit la principale
différence entre les deux provinces, ce produit chimique ne
prévient la carie que de moins d'une demie carie par enfant en
Ontario.
Santé Canada a ensuite minimisé
ces constats.
“Bien que précises”, les
données sur les enfants présentent “une image incomplète de
la situation de la carie dentaire.... [et] ne doivent pas
être utilisées pour tirer des conclusions concernant
l'efficacité de la fluoration de l'eau”, commentait Santé
Canada.
Le ministère fédéral soutient
que des conclusion fermes ne peuvent être tirées de l'étude de
Statistiques Canada parce qu'on n'a pas colligé les
évaluations de l'apport individuel du produit chimique. Pour
faire une évaluation appropriée, Santé Canada dit avoir
besoin d'une information détaillée pour déterminer si l'apport
des suppléments de fluorure, l'ingestion d'eau fluorée du
robinet et embouteillée, et l'utilisation de dentifrice varient
entre les deux provinces.
Pourtant, la fluoration est l'une
des différences les plus évidentes entre les deux provinces.
Plus des trois quarts des résidents de l'Ontario vivent dans des
localités où l'eau est fluorée. Au Québec, 94 % boivent de
l'eau sans cet additif, selon les chiffres publiés par Santé
Canada en 2007.
Depuis, la ville de Québec a
voté l'arrêt de la fluoration, ce qui nous indique que l'écart
entre les deux provinces est encore plus marqué.
Certains critiques de la fluoration
affirment que cette l'étude remet en question cette mesure.
“La fluoration n'est plus une
mesure efficace,” soutient Hardy Limeback, directeur du
département de médecine dentaire préventive à l'Université
de Toronto, qui explique que l'ajout du produit chimique dans
l'eau est “plus nocif que bénéfique.”
Bien que la fluoration soit
présentée comme un bénéfice incontestable par les agences de
santé publique, qui estiment que cela réduit les caries de 20 à
40 %, plusieurs groupes communautaires dispersés au Canada
font du lobbyisme pour faire cesser cette pratique, sujette à
être rejetée par référendum local. Certains
professionnels de la santé sont préoccupés de fait que la fluoration pourrait comporter des risques sous-estimés.
Bien que le fluorure renforce
l'extérieur des dents pour les rendre plus résistantes aux
bactéries cariogènes, plusieurs d'études publiées dans des
périodiques médicaux ont établi un lien entre l'exposition au
fluorure et une réduction de la fonction de la glande thyroïde
et du QI chez les enfants, quoique que la réduction de
l'intelligence ait été observée à des concentrations beaucoup
plus élevées que celles ajoutées à l'eau potable.
L'étude la plus troublante est
celle de l'Université Harvard, publié en 2006 dans le
périodique Cancer Causes
and Control, qui a trouvé que les enfants de 7 ans
exposés à des niveaux élevés d'eau fluorée sont quatre fois plus à
risque d'être atteints d'ostéosarcome infantile, un cancer
des os rare qui a frappé l'idole canadienne Terry Fox, et qui
résulte pratiquement toujours par l'amputation d'un membre.
On a également observé la
réduction mondiale de la carie dentaire, peu importe si les pays
utilisent le fluorure ou non, ce qui suggère que d'autre facteurs
entrent également en compte.
L'une des théories veut que la
majorité des gens s'exposent déjà suffisamment via les
dentifrices fluorés, donc la quantité de fluor dans l'eau
affecte peu le taux de carie.
“La réduction simultanée de
la carie dans les pays qui fluorent beaucoup et ceux qui fluorent
peu est assez dramatique”, dit Warren Bell, ancien directeur de
l'Association des médecins pour l'environnement, un groupe qui
remet en question cette pratique.
Selon le Dr. Limeback, les facteurs
pouvant prévenir la carie incluent une exposition accrue à la vitamine
D, une meilleure hygiène orale, la consommation réduite de sucre
et même les antibiotiques.
Lorsque la fluoration a débuté
il y a 60 ans, les médecins croyaient qu'il fallait avaler le
produit chimique pour renforcer les dents de l'intérieur. Le Dr. Limeback
affirme que les études plus récentes montrent que si le
bénéfice existe, il est de nature topique (application sur la
surface des dents), ce qui suggère que le brossage des dents avec
un dentifrice fluoré est plus efficace que de boire de l'eau
contenant le produit chimique (le fluorure).